Quand on doit commencer une tâche qu’on déteste – appeler quelqu’un, faire de l’administratif, se mettre au sport, écrire un texte difficile – on croit souvent que le problème vient d’un manque de discipline. En réalité, une étude publiée dans la revue Current Biology suggère que c’est parfois le cerveau lui-même qui actionne un véritable “frein motivationnel”, au moment où il faut passer de l’évaluation à l’action.
Le point de départ est simple : avant d’agir, le cerveau calcule une sorte de rapport coût/bénéfice. Mais ce calcul ne se limite pas à la récompense finale. Il inclut aussi le coût émotionnel immédiat : effort, inconfort, stress, ennui, peur de l’échec. Les chercheurs ont voulu comprendre comment le cerveau transforme cette évaluation en une décision très particulière : non pas choisir une autre action… mais carrément ne pas commencer.
Pour cela, ils ont travaillé sur des macaques entraînés à effectuer des tâches en échange d’une récompense. Dans une condition, la tâche apportait uniquement de l’eau. Dans l’autre, elle apportait toujours de l’eau, mais avec un “prix” désagréable : un souffle d’air au visage. Les animaux avaient le choix de commencer ou non. Résultat : face à la tâche désagréable, ils hésitent davantage, et parfois renoncent complètement, même si la récompense reste intéressante. Autrement dit : ils savent, ils comprennent… mais ils ne se lancent pas.
Les enregistrements neuronaux montrent alors un jeu à deux régions clés : le striatum ventral et le pallidum ventral. Le striatum ventral s’active fortement quand une action est associée à un élément aversif : il envoie comme un signal d’alerte. Le pallidum ventral, lui, ressemble davantage à un interrupteur “GO”, impliqué dans l’initiation de l’action. Plus l’animal se rapproche du renoncement, plus l’activité du pallidum ventral chute : comme si le bouton de démarrage s’éteignait progressivement.
L’expérience la plus parlante consiste à bloquer sélectivement la connexion entre ces deux zones, grâce à une méthode de type chimogénétique. Quand ce lien est inhibé, les animaux commencent beaucoup plus facilement la tâche aversive… sans que leur capacité à estimer la récompense et la punition soit modifiée. Ce n’est donc pas leur jugement qui change, mais le passage du jugement à l’action.
Conclusion : notre cerveau nous empêche de commencer certaines tâches parce qu’il interprète l’inconfort anticipé comme un danger à éviter. Ce mécanisme était utile pour survivre. Mais aujourd’hui, il se déclenche pour des tâches simplement pénibles… et nous fait procrastiner.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.