Quand on se couche, l’intuition nous dit que nous nous laissons doucement aller vers le sommeil — un peu comme une pente descendante. Pourtant, le cerveau ne glisse pas progressivement dans l’inconscience : il bascule, comme si un interrupteur était soudainement actionné.
Une étude récente publiée dans Nature Neuroscience montre exactement cela : l’endormissement n’est pas un déclin lent et continu, mais une transition nette et rapide, appelée bifurcation, où le cerveau passe d’un état stable d’éveil à un état stable de sommeil en quelques instants seulement.
Dans cette recherche, des scientifiques ont analysé des électroencéphalogrammes (EEG) de plus de 1 000 personnes pendant leurs nuits de sommeil. Ils ont transformé les signaux électriques du cerveau en une trajectoire dans un espace multidimensionnel de caractéristiques EEG. Ce modèle mathématique a révélé qu’à un certain moment précis, l’activité cérébrale franchit un seuil critique : les variations des signaux deviennent soudaines, rapides et coordonnées — signes d’un changement d’état radical du système cérébral.
Ce point de bascule n’est pas une légère accélération : avant lui, l’activité cérébrale reste relativement stable. Puis, en quelques minutes seulement, souvent autour de 4 à 5 minutes avant l’endormissement objectivement défini, l’ensemble du réseau neuronal change d’organisation et le cerveau tombe littéralement dans le sommeil. C’est ce qu’on appelle un phénomène de bifurcation, analogue à la façon dont un bâton plié finit par se rompre soudainement lorsqu’on atteint une certaine pression.
Et ce qui rend cette découverte encore plus fascinante, c’est que les chercheurs ont pu prédire ce basculement avec une précision exceptionnelle, presque en temps réel : grâce au modèle et aux données EEG individuelles, ils ont pu anticiper le moment exact où une personne allait basculer dans le sommeil avec une précision de l’ordre de la seconde.
Ainsi, loin d’être une dégradation progressive de la vigilance, l’endormissement ressemble à un “commutateur” neuronal qui se déclenche : l’état d’éveil reste stable puis, arrivé à une zone critique, le cerveau franchit rapidement une barrière dynamique pour entrer dans le sommeil.
Cette découverte bouleverse notre compréhension classique du sommeil. Elle ouvre non seulement des perspectives théoriques nouvelles sur la manière dont le cerveau contrôle les états de conscience, mais elle pourrait aussi améliorer les stratégies de diagnostic et de traitement des troubles du sommeil, et même la conception de technologies qui détectent ou facilitent l’endormissement.
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