Dans les années 1960, les États-Unis et l'URSS se livrent une compétition acharnée pour la conquête de l'espace. Mais derrière les exploits scientifiques se cache aussi un enjeu militaire : observer les installations ennemies depuis l'orbite terrestre.
Les Soviétiques développent alors un programme secret baptisé Almaz, qui signifie « diamant » en russe.
Son objectif est de placer des stations spatiales militaires en orbite, avec des cosmonautes chargés de photographier les bases militaires, les aérodromes et les mouvements de troupes occidentaux.
Contrairement aux satellites espions automatiques, ces stations permettent à des humains de sélectionner directement les cibles et d'adapter les observations.
Pour dissimuler leur véritable fonction, certaines stations Almaz sont lancées sous le nom officiel de Saliout, également utilisé pour les stations scientifiques soviétiques.
Trois stations Almaz atteignent effectivement l'orbite : Saliout 2, Saliout 3 et Saliout 5, entre 1973 et 1976.
Mais les ingénieurs soviétiques redoutent une menace : qu'un engin spatial américain s'approche de leurs installations pour les inspecter, les endommager ou les neutraliser.
Ils décident donc d'équiper l'une de ces stations, Saliout 3, d'un canon automatique de 23 millimètres, dérivé d'une arme aéronautique conçue par Alexandre Noudelman.
L'arme peut théoriquement tirer plusieurs centaines de coups par minute. Mais son utilisation dans l'espace pose un problème physique majeur : le recul.
Selon la troisième loi de Newton, lorsqu'un canon propulse un projectile dans une direction, il subit une force opposée. Sur Terre, cette force est absorbée par son support. En orbite, elle risque de modifier le mouvement et l'orientation de toute la station.
Les ingénieurs prévoient donc d'utiliser les propulseurs de la station pour compenser les effets du tir.
En janvier 1975, alors que Saliout 3 est inhabitée et sur le point d'être désorbitée, les Soviétiques réalisent un essai secret.
Le canon tire une vingtaine de projectiles, selon les informations rendues publiques ultérieurement. L'essai est considéré comme réussi, même si ses résultats détaillés restent mal connus.
Ce sera son unique utilisation connue dans l'espace.
Le programme Almaz sera finalement abandonné sous sa forme habitée, notamment parce que les satellites espions automatiques deviennent plus performants et moins coûteux.
L'existence du programme militaire et de son armement sera progressivement révélée après la fin de l'URSS.
Cette histoire rappelle une réalité méconnue : bien avant les débats actuels sur la militarisation de l'espace, les Soviétiques avaient déjà transformé une station orbitale en plateforme armée.
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