La bière est aujourd’hui volontiers associée à un univers masculin. Pourtant, si l’on remonte à ses origines, les femmes occupent une place centrale dans son histoire.
Tout commence il y a plusieurs milliers d’années, lorsque les humains commencent à cultiver des céréales au Proche-Orient.
Selon un récit souvent raconté sur l’origine de la bière, des femmes chargées de préparer le pain auraient un jour laissé des grains d’orge à l’extérieur. Exposés à l’humidité, ceux-ci auraient commencé à germer. Plutôt que de les jeter, elles les auraient utilisés. Mélangées à de l’eau puis abandonnées quelque temps, les céréales auraient fermenté naturellement grâce aux levures présentes dans l’environnement.
Le résultat ? Une boisson trouble, légèrement alcoolisée : une forme primitive de bière.
Cette histoire est séduisante, mais il faut être prudent : nous ne savons pas qui a réellement « inventé » la bière, ni si sa découverte s’est produite exactement de cette manière.
Ce que l’archéologie montre en revanche, c’est que des boissons fermentées à base de céréales existaient déjà il y a plus de 10 000 ans au Proche-Orient. Et quelques millénaires plus tard, en Mésopotamie, la bière occupe une place considérable dans la vie quotidienne.
C’est là que les femmes entrent véritablement en scène.
Chez les Sumériens, vers le troisième millénaire avant notre ère, la fabrication et la vente de bière sont notamment associées aux femmes. Certaines tiennent même des tavernes. Plus révélateur encore : la divinité sumérienne de la bière est une déesse, Ninkasi.
Un célèbre texte, l’« Hymne à Ninkasi », datant du deuxième millénaire avant notre ère mais probablement issu d’une tradition plus ancienne, décrit d’ailleurs différentes étapes du brassage. On y retrouve un lien étroit entre bière et pain : on préparait notamment un pain à base de céréales maltées qui pouvait ensuite servir à produire la boisson.
Pendant des siècles, le brassage restera largement une activité domestique et, dans de nombreuses sociétés, les tâches domestiques liées à la préparation des aliments étaient principalement assurées par les femmes.
Ce n’est que progressivement, avec la professionnalisation puis l’industrialisation de la production, que le brassage deviendra un métier de plus en plus masculin.
Dire que « sans les femmes, les hommes ne boiraient pas de bière » est donc évidemment une formule provocatrice.
Mais elle rappelle une réalité souvent oubliée : pendant une grande partie de l’histoire de cette boisson, celles qui fabriquaient la bière étaient très souvent… des femmes.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.