Lorsque vous regardez Superman voler dans le ciel, vous savez parfaitement qu’un être humain ne peut pas voler. Pourtant, pendant deux heures, cette impossibilité ne vous empêche pas de suivre l’histoire, de vous inquiéter pour le héros ou d’être ému par ce qui lui arrive.
Votre cerveau l'accepte provisoirement. Et ce mécanisme porte un nom: la « suspension consentie de l’incrédulité ». Oui ! Je vous explique.
D'abord, sachez que l’expression vient du poète anglais Samuel Taylor Coleridge. En 1817, il évoque cette « willing suspension of disbelief ». Et l’idée est assez simple. Pour profiter d’une œuvre de fiction, nous acceptons temporairement de mettre de côté notre scepticisme face à certains éléments irréalistes ou impossibles. Nous savons que ce que nous voyons ou lisons est inventé, mais nous acceptons de jouer le jeu.
Mais cette suspension de l’incrédulité a des limites.
En effet une fiction peut être totalement fantastique mais elle doit respecter ses propres règles. Imaginons qu’un roman explique pendant 300 pages que les sorciers ne peuvent devenir invisibles qu’en utilisant une cape magique. Puis, à la dernière page, le héros devient soudainement invisible simplement parce qu’il le souhaite, sans aucune explication.
Le lecteur risque alors de se dire que cela n'a aucun sens.
Curieusement, le problème n’est pas que l’invisibilité soit impossible dans la réalité. Le lecteur avait déjà accepté cette impossibilité. Le problème est que l’histoire vient de violer les règles qu’elle avait elle-même établies.
C’est pourquoi la cohérence est souvent plus importante que le réalisme.
Notre cerveau est ainsi capable de maintenir simultanément deux niveaux de compréhension : nous savons qu’une histoire est fictive tout en réagissant émotionnellement comme si ses événements avaient une importance réelle. et voilà pourquoi nous pouvons pleurer devant la mort d’un personnage dont nous savons parfaitement qu’il n’a jamais existé.
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