Quand quelqu’un s’inquiète beaucoup, on dit parfois qu’il « se fait du mouron ». L’expression est familière et un peu vieillotte, mais elle reste parfaitement compréhensible. Et son origine est assez amusante, car le « mouron » n’a, au départ, absolument rien à voir avec l’anxiété.
Le mouron est d’abord… une plante.
Ce nom désigne plusieurs petites plantes sauvages très communes, que l’on trouve dans les champs, les jardins ou au bord des chemins. On connaît notamment le mouron des oiseaux, une petite plante aux fleurs blanches.
Alors comment cette modeste plante a-t-elle fini par désigner nos inquiétudes ?
Il faut passer par l’argot parisien du XIXe siècle.
À cette époque, le mot « mouron » prend un nouveau sens populaire : il désigne les cheveux, et plus largement la chevelure. L’origine exacte de cet emploi n’est pas absolument certaine, mais elle serait liée à une comparaison visuelle : les petites touffes de mouron poussant sur le sol auraient évoqué des cheveux poussant sur une tête.
Dans l’argot de l’époque, « avoir du mouron sur la cage » signifie ainsi avoir des cheveux sur la tête, la « cage » désignant familièrement le crâne.
C’est à partir de là que l’expression « se faire du mouron » aurait pris son sens actuel.
Pourquoi ? Parce que les soucis sont traditionnellement associés aux cheveux. On dit encore aujourd’hui que l’on peut « se faire des cheveux blancs » à force de s’inquiéter. Et autrefois, on employait également l’expression « se faire des cheveux », tout simplement, pour dire que l’on se tourmentait.
Le « mouron » étant devenu synonyme de cheveux, « se faire du mouron » aurait donc suivi la même logique : se faire des cheveux, autrement dit se faire du souci.
L’expression se diffuse surtout dans le langage populaire à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Elle devient ensuite suffisamment courante pour que son origine capillaire soit presque complètement oubliée.
Et c’est ce qui rend l’expression intéressante : lorsque vous dites à quelqu’un « ne te fais pas de mouron », vous ne lui parlez donc pas réellement d’une plante.
Vous lui dites, indirectement, de ne pas se faire de cheveux blancs.
Autrement dit, de ne pas laisser ses soucis lui pousser sur la tête.
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