Le monde de l’intelligence artificielle vient de connaître un séisme financier et technologique. Yann LeCun, l’un des « parrains » français du deep learning et lauréat du prix Turing, a officialisé le lancement de sa start-up, Advanced Machine Intelligence (AMI Labs), avec une levée de fonds record de 1,03 milliard de dollars. Ce tour de table, l'un des plus importants jamais réalisés en phase d'amorçage en Europe, propulse immédiatement la jeune pousse parisienne au rang de licorne.
Rupture avec les modèles de langage (LLM)
Cette annonce marque un tournant philosophique majeur. Jusqu'à présent, le secteur était dominé par les grands modèles de langage (LLM) comme ChatGPT. Cependant, Yann LeCun ne cache plus ses divergences avec l'approche actuelle, qu'il juge limitée. Selon lui, les LLM ne font que prédire le mot suivant sans véritable compréhension du réel. Ils sont incapables de raisonner, de planifier ou d'appréhender les lois physiques élémentaires.
Pour dépasser ces limites, AMI Labs mise sur les « World Models » (modèles de monde). L'idée est de créer une IA capable d'apprendre de manière autonome en observant le monde, à l'instar d'un enfant qui comprend la gravité en voyant un objet tomber. Ces systèmes s'appuient sur l'architecture JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture) pour modéliser les interactions physiques et logiques, permettant ainsi à l'IA d'anticiper les conséquences d'une action dans un environnement complexe et multidimensionnel.
Un soutien massif et stratégique
Le prestige du fondateur a attiré un casting d’investisseurs exceptionnel. Le tour de table a été co-dirigé par des fonds comme Bezos Expeditions (Jeff Bezos) et Cathay Innovation, avec la participation de géants industriels tels que Nvidia, Samsung et Toyota. La France est également en première ligne avec le soutien de Bpifrance et de grandes fortunes comme Xavier Niel (Iliad), la famille Mulliez ou le groupe Dassault.
L'avenir de l'IA ancré dans le réel
L'objectif à court terme n'est pas de sortir un produit de consommation immédiat, mais de bâtir une infrastructure scientifique solide. Les fonds serviront principalement à acquérir une puissance de calcul colossale (GPU) et à recruter les meilleurs chercheurs mondiaux à Paris, New York et Montréal.
À terme, ces « World Models » pourraient révolutionner la robotique domestique, l'industrie automobile et l'automatisation complexe. En apprenant à comprendre le monde physique plutôt que de simplement manipuler le langage, AMI Labs ambitionne de donner naissance à une intelligence artificielle véritablement autonome et dotée de « bon sens ».
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