La Grande Pyramide de Gizeh est traditionnellement attribuée au pharaon Khéops, vers 2600 avant notre ère. Ce consensus archéologique repose sur des inscriptions, des datations indirectes et le contexte historique de l’Ancien Empire égyptien. Pourtant, une hypothèse récente vient bousculer cette chronologie bien établie : et si les pharaons n’avaient pas construit la pyramide, mais simplement restauré un monument beaucoup plus ancien ?
Cette idée est défendue par Alberto Donini, ingénieur à l’University of Bologna. Dans une étude encore préliminaire et non validée par les pairs, il suggère que la Grande Pyramide pourrait remonter à une période antérieure à l’émergence de la civilisation égyptienne classique.
Son raisonnement s’appuie sur plusieurs observations. D’abord, certaines parties internes du monument présentent des traces d’érosion et d’altération qui, selon lui, seraient difficiles à expliquer par seulement 4 600 ans d’exposition. Il évoque notamment des formes d’usure qui pourraient indiquer un contact prolongé avec de grandes quantités d’eau, dans un contexte climatique beaucoup plus humide que celui de l’Égypte pharaonique connue.
Autre argument : l’extraordinaire précision géométrique de la pyramide. L’alignement quasi parfait sur les points cardinaux et les proportions mathématiques remarquables suscitent depuis longtemps l’admiration. Pour Donini, ce niveau de maîtrise pourrait provenir d’un héritage technologique antérieur, transmis ou redécouvert par les bâtisseurs égyptiens, plutôt que d’une invention purement locale et soudaine.
Dans ce scénario, les pharaons auraient trouvé une structure déjà existante, partiellement endommagée, qu’ils auraient consolidée, habillée de nouveaux blocs et intégrée à leur propre tradition religieuse, en la transformant en tombe royale. Autrement dit, Khéops n’aurait pas été le constructeur originel, mais le grand rénovateur d’un édifice hérité.
Cependant, cette hypothèse reste hautement controversée. Les égyptologues soulignent que les carrières identifiées, les outils retrouvés, les graffitis de chantiers et l’organisation logistique connue de l’Ancien Empire concordent fortement avec une construction sous le règne de Khéops. De plus, aucune preuve matérielle indiscutable ne démontre l’existence d’une civilisation antérieure capable d’ériger un tel monument sur le plateau de Gizeh.
Ce débat illustre un aspect essentiel de la science : la remise en question permanente. Proposer une idée audacieuse ne suffit pas ; elle doit être testée, vérifiée et confrontée aux données existantes. Pour l’instant, l’hypothèse d’une pyramide pré-pharaonique demeure spéculative.
Mais elle a le mérite de rappeler à quel point la Grande Pyramide reste un objet de fascination et de mystère. Même après des siècles d’études, ce monument continue de nourrir des questions fondamentales sur les capacités techniques, l’organisation sociale et l’histoire profonde de l’humanité.
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