Imaginez un homme profondément religieux, convaincu que les bars, les jeux d’argent et les maisons closes menacent la moralité de son pays. Pour lutter contre ces tentations, il décide de créer… des montagnes russes ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est notamment cette ambition morale qui a contribué à populariser l’une des attractions les plus célèbres du monde.
Nous sommes aux États-Unis, dans les années 1880. À cette époque, les grandes villes américaines connaissent une transformation rapide. Les loisirs se développent, mais certains divertissements inquiètent les milieux religieux conservateurs : consommation d’alcool, prostitution et jeux d’argent.
C’est dans ce contexte qu’intervient LaMarcus Adna Thompson, un inventeur américain né en 1848, également enseignant à l’école du dimanche. Pour lui, il existe un moyen de détourner les Américains de ces activités jugées immorales : leur proposer des distractions suffisamment excitantes pour concurrencer les plaisirs interdits.
Son idée ? Construire une attraction spectaculaire, accessible à toute la famille, qui procure des sensations fortes sans encourager le vice.
En 1884, Thompson inaugure à Coney Island, près de New York, une attraction baptisée « Switchback Railway ». Il s’agit d’un parcours constitué de rails sur lesquels de petits wagons descendent des pentes grâce à la gravité.
Comparée aux montagnes russes actuelles, l’expérience paraît bien tranquille : les wagons atteignent environ 10 kilomètres par heure ! Mais à l’époque, c’est une véritable sensation.
Pour seulement cinq cents, les visiteurs peuvent éprouver le frisson de la vitesse. Le succès est immédiat. L’attraction aurait rapporté jusqu’à 600 dollars par jour, une somme considérable pour l’époque.
Mais attention : Thompson n’a pas inventé les montagnes russes à proprement parler.
Leurs origines remontent au XVIIe siècle, en Russie, où l’aristocratie s'amusait à dévaler d’immenses rampes recouvertes de glace. Au début du XIXe siècle, les Français adaptent ces installations en utilisant des wagonnets munis de roues. C’est d’ailleurs cette tradition russe qui explique leur nom français.
Le véritable apport de Thompson consiste donc à avoir transformé ce divertissement ancien en une attraction commerciale extrêmement populaire aux États-Unis.
Et voici le paradoxe : alors que Thompson souhaitait promouvoir des loisirs familiaux respectables, ses montagnes russes sont devenues, avec le temps, des machines conçues pour provoquer toujours davantage de peur, de vertige et d’adrénaline.
Une invention popularisée, en partie, pour combattre les tentations… et qui a fini par faire du frisson une industrie mondiale !
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