Cela peut sembler étrange, mais au Japon, le groupe sanguin est parfois considéré comme un indicateur de personnalité. Et cette croyance peut même influencer certaines décisions professionnelles.
Cette tradition porte un nom : le ketsueki-gata.
Son principe est simple : chacun des quatre groupes sanguins, A, B, AB et O, serait associé à des traits de caractère particuliers.
Les personnes du groupe A seraient sérieuses, organisées, perfectionnistes et fiables. Celles du groupe B seraient créatives et indépendantes, mais aussi égoïstes et imprévisibles.
Les individus du groupe O seraient sociables, ambitieux et naturellement doués pour diriger. Quant au groupe AB, il correspondrait à des personnalités rationnelles, mystérieuses et parfois difficiles à comprendre.
Mais d'où vient cette étrange classification ?
Tout commence en 1927, lorsqu'un psychologue japonais, Takeji Furukawa, publie des travaux affirmant l'existence d'un lien entre groupe sanguin et tempérament.
Ses théories sont rapidement contestées par la communauté scientifique, mais elles connaissent un spectaculaire retour dans les années 1970 grâce à Masahiko Nomi, un journaliste qui publie plusieurs livres populaires sur le sujet.
La croyance devient alors un véritable phénomène culturel.
Des magazines proposent des horoscopes sanguins. Certaines personnes choisissent leurs partenaires amoureux en fonction de leur groupe. Et des employeurs ont même utilisé cette information pour évaluer des candidats.
Cette pratique discriminatoire est parfois associée à un phénomène appelé bura-hara, contraction de « blood type harassment », autrement dit le harcèlement fondé sur le groupe sanguin.
Et ses conséquences ne sont pas seulement anecdotiques.
Une étude économique japonaise publiée en 2025 a montré que les préjugés visant les personnes du groupe B étaient associés à un taux de chômage supérieur d'environ deux points de pourcentage.
Mais scientifiquement, cette classification ne tient pas debout.
En 2014, le psychologue Kengo Nawata a analysé des données portant sur plus de 10 000 Japonais et Américains. Résultat : le groupe sanguin expliquait moins de 0,3 % des différences de personnalité observées.
Autrement dit, pratiquement rien !
Cette histoire illustre donc un phénomène fascinant : une croyance dépourvue de fondement scientifique peut devenir si populaire qu'elle finit par influencer des décisions bien réelles, jusque dans le monde du travail.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.