Qui pour gouverner Israël durant les prochaines années ? Les Israéliens attendent de connaître le nom de leur prochain Premier ministre. Les résultats provisoires des élections du 27 octobre donnent un avantage à Benyamin Netanyahu mais, pour l’heure, sans majorité claire. La configuration du prochain gouvernement est aussi attendue sur la scène internationale. Car dans une région marquée par une multiplication des conflits, nombre de pays espèrent pouvoir relancer des efforts diplomatiques une fois la campagne terminée. Pour le Liban, il y a une certaine urgence.
La situation au Liban est « intenable », a déclaré la semaine dernière Emmanuel Macron. Lors d’une tournée dans le Golfe, le président français, qui se présente comme un allié du Liban, a dénoncé la « pression » exercée sur le pays et « une souveraineté mise à mal ». C’est « la moins bonne manière de traiter la question du Hezbollah », juge-t-il. Le chef de l’État n’a nommé personne, mais les propos visaient notamment Israël qui occupe depuis le mois d’avril une bande d’une dizaine de kilomètres au sud du pays.
La situation est « intenable » à plusieurs titres. Sur le plan humanitaire tout d’abord : sur une population de moins de six millions d’habitants, plus d’un million d’entre eux ont été déplacés par les combats. Et l’armée israélienne détruit des villages entiers dans le sud du pays. Et sur le plan politique, les États-Unis et Israël exigent du gouvernement qu’il désarme le Hezbollah, le mouvement chiite à la fois parti politique et milice. Mais le Hezbollah s’y refuse, affiche au contraire une volonté de se réarmer, mène des campagnes de recrutement. Et l’armée libanaise ne peut se lancer dans une opération coercitive contre ce mouvement.
À court terme, il existe également un autre risque : celui d’une absence d’une force internationale dans le pays. Le mandat de la Finul, la mission des Nations unies lancée en 1976, expire le 31 décembre, soit dans deux mois. Le renouvellement de son mandat est hautement improbable : cette mission de maintien de la paix est très critiquée par Israël qui la juge inefficace. La France et l’Italie, deux pays parmi les principaux contributeurs de la Finul, défendent le principe d’une présence internationale permettant de faire tampon entre Israël et les acteurs libanais et se disent prêtes à participer à une autre force. Mais pour pouvoir se déployer, il lui faut un mandat des Nations unies qui sera difficile à obtenir sans le soutien d’Israël. Le départ de la Finul sans remplacement créerait, aux yeux de Paris et Rome, un vide sécuritaire.
Pour le Liban, le risque est double. Celui d’une déstabilisation accrue : le Liban a connu la guerre civile. Le pays repose sur un équilibre fragile entre ses communautés. Et ces dernières semaines, le ton est monté entre le gouvernement et le Hezbollah. Sous pression internationale, le président Joseph Aoun a lancé une bataille inédite contre le mouvement. Mais cette bataille est compliquée pour l’exécutif. L’armée libanaise est sous-équipée et ses soldats mal payés. Et le Hezbollah conserve une forte popularité et des appuis importants au sein des institutions de l’État : du gouvernement à l’armée.
Le risque d’une nouvelle guerre contre Israël existe aussi. Si Israël et les États-Unis lancent une nouvelle offensive contre l’Iran, le Hezbollah – allié de la République islamique – viendra probablement en soutien à Téhéran. Et la reprise de l’offensive contre l’Iran est une menace souvent brandie par Benyamin Netanyahu et Donald Trump.
La menace posée par le Hezbollah est un sujet qui fait consensus en Israël. Et quel que soit le prochain Premier ministre israélien, il est difficile d’envisager une inflexion de la position israélienne. Le principal opposant à Benyamin Netanyahu est Gadi Eisenkot, un ancien chef d’État-major. Et en tant qu’officier, il fut l’auteur de la doctrine Dahya. Une doctrine élaborée dans la lutte contre le Hezbollah qui préconise un usage excessif de la force contre des zones civiles pour créer un effet dissuasif. Et durant la campagne, il accusait Benyamin Netanyahu de concessions sur le front libanais.
Une période de campagne porte toujours à un affichage de fermeté. Particulièrement dans un pays où les enjeux sécuritaires demeurent la préoccupation première des électeurs. Dans un sondage publié le 23 octobre par le quotidien Israel Hayom, 26 % des électeurs plaçaient la sécurité en tête de leurs préoccupations. Devant les enjeux économiques. Mais pour l’heure, l’intransigeance d’Israël et du Hezbollah combinée à l’impuissance de l’État libanais rend plus probable une dégradation de la situation.