Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné le déploiement de troupes au Niger. Les deux chambres du Parlement ont donné leur accord à cette opération lors d’un vote dimanche 25 octobre. Cela marque un changement de position de la part de l’Algérie qui historiquement défendait une politique non-interventionniste. Elle a besoin de restaurer son influence au Sahel.
C’est l’une des rares fois de l’histoire du pays et la première fois depuis 1973 que l’Algérie va envoyer des soldats à l’étranger. L’Égypte et la Syrie avaient alors lancé, en pleine fête juive de Yom Kippour, une offensive contre Israël pour tenter de récupérer des territoires occupés par le pays : la péninsule du Sinaï et le plateau du Golan, qui sont en droit international respectivement égyptienne et syrien. L’Algérie était alors venue en aide à l’Égypte en envoyant une brigade blindée et une cinquantaine d’avions. Ce fut le principal déploiement de l’armée algérienne hors des frontières nationales ; la doctrine militaire algérienne était globalement de refuser l’interventionnisme.
Mais celle-ci a évolué ces dernières années. L’évolution a commencé en 2020 avec une révision de la constitution. Elle autorise désormais « l’envoi d’unités de l’armée nationale populaire à l’étranger ». Un éventuel déploiement doit toutefois être approuvé par les deux chambres du parlement à une majorité des deux tiers. C’est cet accord que le parlement vient de donner au gouvernement. Celui-ci ne l’avait néanmoins pas sollicité pour déployer des moyens aériens à Niamey le 30 août dernier, juste après une tentative de coup d’État.
La motivation d’Alger est d’abord sécuritaire. Une préoccupation partagée avec Niamey ; ce déploiement fait suite à un accord entre les deux capitales. Le contingent algérien, dont la taille n’a pas été dévoilée, sera basé à Madama, dans le Nord du pays. Les mouvements armés dans cette région aux frontières poreuses menacent la stabilité du sud algérien et les projets de développement dans cette région. En envoyant des troupes dans le nord du Niger, l’Algérie offre donc un soutien aux autorités de Niamey mais espère aussi se prémunir d’un débordement des tensions nigériennes sur son propre territoire.
L’Algérie a également des intérêts économiques au Niger. Sonatrach, le géant algérien des hydrocarbures, exploite le bloc de Kafra, un gisement pétrolier dans le Nord du Niger. Et Alger porte aussi un projet de construction de gazoduc reliant le Nigeria à l’Algérie et via elle, l’Europe. Ce gazoduc doit transiter par le Niger.
Mais ce déploiement répond aussi à des objectifs à plus long terme de l’Algérie. Le pays veut restaurer son influence au Sahel. La région constitue, à ses yeux, sa « première ceinture ». Elle revêt donc une importance stratégique ; pour sa sécurité et pour l’ouverture qu’elle lui permet vers l’Afrique subsaharienne. Mais ses relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel – le Mali, le Burkina Faso et le Niger - se sont dégradées. Jusqu’à un gros coup de froid diplomatique l’an dernier. En avril 2025, l’armée algérienne avait abattu un drone malien et les trois pays sahéliens ont alors décidé de rappeler leur ambassadeur à Alger. Au Niger d’abord puis au Mali ensuite, l’Algérie cherche désormais à renouer le dialogue et reprendre pied.
Mais l'Algérie se trouve aussi dans une position inconfortable sur le plan géopolitique. Ses relations avec les pays de la rive Nord - Espagne et France en tête - sont tendues. À l'ouest, son soutien aux indépendantistes du Sahara occidental la met en conflit avec le Maroc. Et à l'Est, elle a vu l'influence des Émirats arabes unis grandir. Or, en Libye comme au Soudan, Abu Dhabi et Alger soutiennent des camps opposés. Et des soupçons pèsent sur un possible soutien émirien à la tentative de coup d’État au Niger fin août. La rivalité a conduit l'Algérie à rompre le mois dernier ces relations avec les Émirats. Quelque peu encerclée, l'Algérie a besoin de retrouver une aire d’influence au Sud.
À lire aussiAlgérie: pourquoi le Parlement a voté pour l'envoi d'unités militaires au Niger