Son nom est Merneith, ou Meretneith. Elle vivait il y a plus de 5 000 ans, autour de 3000 avant notre ère, pendant la première dynastie égyptienne. Soit environ trois millénaires avant Cléopâtre.
Depuis plus d’un siècle, son véritable statut intrigue les égyptologues.
Nous savons que Merneith appartient à la famille royale. Elle est notamment la mère du roi Den et probablement l’épouse de son prédécesseur, Djet. Surtout, elle possède à Abydos quelque chose d’extraordinaire : sa propre tombe au cœur de la nécropole réservée aux souverains. Par ses dimensions et son organisation, elle ressemble aux sépultures des rois qui l’entourent. Un honneur exceptionnel pour une femme de cette époque.
Son nom apparaît également sur des sceaux royaux. Sur l’un d’eux, découvert dans la tombe de Den, Merneith figure même au milieu d’une succession de souverains.
Les historiens en ont donc longtemps conclu qu’elle avait exercé le pouvoir, probablement comme régente lorsque son fils était encore trop jeune pour gouverner.
Mais était-elle seulement la gardienne temporaire du trône ? Ou avait-elle véritablement été considérée comme un souverain à part entière ?
C’est là qu’intervient une étonnante archive conservée à Londres.
Dans les années 1940, l’égyptologue britannique Walter Emery avait photographié des empreintes hiéroglyphiques découvertes sur des bouchons d’argile à Saqqarah. L’objet original a depuis disparu, tout comme le négatif photographique. Mais une photographie en noir et blanc avait été conservée dans les archives de l’Egypt Exploration Society.
Sur cette image très difficile à lire apparaissent plusieurs « serekhs ». Le serekh est un cadre rectangulaire contenant le nom d’un souverain : à cette époque, c’est l’un des principaux symboles de la royauté.
En 2026, les chercheuses Sue Kelly et Crystal Miller ont repris cette vieille photographie et l’ont retraitée numériquement : augmentation du contraste, isolation des hiéroglyphes et reconstruction vectorielle.
Résultat : selon elles, deux des serekhs contiennent bien les signes correspondant au nom de Merneith. Ce serait donc une preuve supplémentaire qu’elle a bénéficié d’un symbole normalement réservé aux souverains.
Le mystère n’est pas totalement clos : déterminer exactement quand et comment elle gouverna reste difficile.
Mais cette photographie oubliée renforce considérablement une hypothèse fascinante : aux tout débuts de l’histoire égyptienne, une femme aurait pu exercer le pouvoir royal au même titre qu’un roi.
Bien avant Hatchepsout. Et près de trois mille ans avant Cléopâtre.
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