Londres, 7 septembre 1978.
Georgi Markov, 49 ans, attend son bus près de Waterloo Bridge lorsqu’il ressent soudain une vive piqûre à l’arrière de la cuisse.
Il se retourne.
Derrière lui, un homme ramasse un parapluie tombé au sol, s’excuse avec un accent étranger, puis s’éloigne rapidement et monte dans un taxi.
Markov poursuit son chemin.
Mais quelques heures plus tard, il est pris d’une forte fièvre. Son état se dégrade brutalement. Hospitalisé, il souffre de vomissements, puis ses organes commencent à défaillir.
Quatre jours après l’étrange incident, Georgi Markov meurt.
Et l’autopsie va transformer cette mort mystérieuse en l’une des plus célèbres affaires d’espionnage de la guerre froide.
Les médecins découvrent dans sa cuisse une minuscule bille métallique d’environ 1,7 millimètre de diamètre. Elle est composée de platine et d’iridium et percée de minuscules cavités.
Les scientifiques britanniques concluent qu’elle a servi à introduire dans son organisme de la ricine, un poison extrêmement puissant.
L’arme aurait été un parapluie spécialement modifié, capable de propulser cette bille dans la peau à très courte distance.
Mais pourquoi tuer Markov ?
Parce qu’il est devenu l’un des ennemis les plus gênants du régime communiste bulgare.
Écrivain célèbre dans son pays, il a quitté la Bulgarie en 1969 et s’est installé à Londres. Il travaille notamment pour la BBC et Radio Free Europe, où ses émissions dénoncent avec virulence le régime du dirigeant Todor Jivkov.
Fait troublant : l’attentat a justement lieu le 7 septembre, jour de l’anniversaire de Jivkov.
L’enquête se tourne rapidement vers les services secrets bulgares.
Des années plus tard, d’anciens responsables du KGB, notamment Oleg Kalugin, affirmeront que les Bulgares avaient demandé l’aide de Moscou et que le KGB avait fourni la technologie, le poison et son expertise.
Un homme, l’agent Francesco Gullino, sera considéré comme un suspect majeur. Des documents montrent qu’il se trouvait à Londres à l’époque et travaillait pour les renseignements bulgares. Mais les preuves permettant de l’accuser formellement n’ont jamais été réunies.
Personne n’a donc jamais été condamné pour le meurtre de Georgi Markov.
Et cette affaire est restée dans l’histoire sous un nom presque trop parfait pour être réel : « le meurtre au parapluie bulgare ».
Une arme banale, une piqûre presque imperceptible… et l’un des assassinats les plus spectaculaires de toute la guerre froide.
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