Quand on parle de l’Union soviétique de Staline, on entend souvent dire qu’un opposant a été « envoyé dans un goulag ».
Historiquement, cette formulation est pourtant impropre.
Car à l’origine, le Goulag n’est pas un camp.
Le mot « Goulag » vient du russe GULAG, acronyme de Glavnoïe Oupravlenie Lagereï, que l’on peut traduire par « Direction générale des camps » ou « Administration principale des camps ».
Autrement dit, le Goulag était d’abord… une administration.
À partir du début des années 1930, cet organisme, placé sous le contrôle de la police politique soviétique, notamment le NKVD, dirige un immense réseau de camps et de colonies pénitentiaires répartis sur tout le territoire de l’Union soviétique.
On devrait donc, en toute rigueur, parler non pas « d’un goulag », mais d’un camp du Goulag.
La différence est un peu comparable à celle qui existe entre une administration pénitentiaire et une prison : on ne confond normalement pas l’organisme qui gère les établissements avec chacun des établissements eux-mêmes.
Ces camps accueillent aussi bien des condamnés de droit commun que des prisonniers politiques. Les détenus y sont soumis au travail forcé : extraction minière, exploitation forestière, construction de voies ferrées, de routes, de barrages ou encore de canaux.
Certains ensembles deviennent gigantesques et sont installés dans des régions particulièrement hostiles, notamment dans le Grand Nord ou en Sibérie.
Alors pourquoi parle-t-on aujourd’hui si facilement « d’un goulag » ?
Parce que le sens du mot s’est progressivement élargi.
Le Goulag étant devenu indissociable des camps qu’il administrait, son nom a fini par désigner l’ensemble du système soviétique de travail forcé, puis, par extension, chacun de ses camps.
Cette évolution linguistique s’est notamment renforcée en Occident après la publication, en 1973, de L’Archipel du Goulag, d’Alexandre Soljenitsyne. L’écrivain compare les milliers de lieux de détention soviétiques à des îles dispersées formant un immense archipel.
Aujourd’hui, dire « un goulag » pour parler d’un camp est donc parfaitement compréhensible et largement entré dans l’usage.
Mais si l’on veut être historiquement précis, mieux vaut dire :
un camp du Goulag.
Car le Goulag n’était pas, à l’origine, un lieu.
C’était l’organisation qui administrait les lieux.
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