Pour tout comprendre ici il vous faut imaginer que je vous montre deux formes.
La première est toute ronde, avec des courbes douces, alors que la seconde est hérissée de pointes et présente des angles très marqués.
Et ensuite je vous demande maintenant laquelle s’appelle « Bouba » et laquelle s’appelle « Kiki ».
Et bien vous avez probablement attribué le nom « Bouba » à la forme arrondie et « Kiki » à la forme pointue. Et vous n’êtes pas le seul.
C’est ce que les psychologues appellent l’effet Bouba/Kiki !
Il faut savoir que cette expérience est devenue célèbre grâce aux travaux du neuroscientifique Ramachandran et de son collègue Edward Hubbard, au début des années 2000, mais son principe est en réalité beaucoup plus ancien. Oui. Dès 1929, le psychologue Wolfgang Köhler avait observé un phénomène similaire avec les mots « takete » et « maluma ».
Et ce qui est fascinant, c’est que les mots « Bouba » et « Kiki » sont inventés. Ils n’ont donc aucune signification préalable permettant de choisir logiquement une forme.
Pourtant, une grande majorité des participants font spontanément la même association.
Comment l'expliquer ?
Et bien parce que notre cerveau ne traite probablement pas les sons et les images comme deux univers totalement indépendants. Certaines caractéristiques d’un son semblent naturellement correspondre à certaines caractéristiques visuelles.
Prononcez par exemple « Kiki ». Les consonnes « k » sont brèves et relativement abruptes. Le mouvement de la bouche et la sonorité peuvent évoquer quelque chose de tranchant ou de discontinu. Cela correspond assez intuitivement aux angles de la forme pointue.
À l’inverse, « Bouba » contient des sons plus doux et des voyelles qui s’accompagnent d’une articulation plus arrondie. Le mot semble donc mieux correspondre à une forme faite de courbes.
On parle de correspondances intermodales : notre cerveau établit des liens entre des informations provenant de sens différents.
Et l’effet ne se limite probablement pas à la vue et à l’audition. Des expériences montrent que nous associons également certains sons à des dimensions comme la taille, la luminosité ou encore certaines sensations tactiles.
L’effet Bouba/Kiki remet ainsi en question une idée simple : celle selon laquelle le lien entre les mots et ce qu’ils désignent serait toujours complètement arbitraire.
Bien sûr, appeler un chien « chien » ou une table « table » dépend largement des conventions d’une langue. Mais certaines sonorités semblent posséder des caractéristiques qui orientent notre perception.
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