Un immense ruban d'algues brunes traversent désormais l'Atlantique. En mai dernier, les satellites ont recensé 37,5 millions de tonnes de sargasses pélagiques,
réparties entre les côtes de l'Afrique de l'Ouest et le golfe du Mexique. Cette formation porte un nom, la Grande Ceinture de Sargasses de l'Atlantique.
Il y a 15 ans, elle n'existait pas sous cette forme. Autrefois, ces algues flottaient surtout dans la mer des Sargasses, une région chaude de l'Atlantique relativement pauvre en nutriments. Mais depuis leur première prolifération massive en 2021, leur air de répartition ne cesse de s'étendre. En 2025, cette ceinture a atteint 8 850 km de long, soit plus de deux fois la largeur des États-Unis continentaux. Une étude publiée dans la revue Harmful Algae retrace 40 années d'observation satellitaire,
d'analyse chimique et de relevé de terrain. Elle montre que les Sargasses profitent d'un apport croissant en azote et en phosphore, de nutriments qui stimulent fortement leur développement. Dans des eaux suffisamment riches, leur biomasse peut doubler en seulement 11 jours. Ces apports ne proviennent plus uniquement des mécanismes naturels de l'océan. Ils viennent aussi des terres, engrais agricoles entraînées par la pluie, eaux usées ou dépôts atmosphériques.
Le fleuve Amazon joue notamment un rôle majeur. Lors des fortes crues, ils déversent dans l'Atlantique d'importantes quantités de nutriments,
ensuite transportés par les courants marins. Les Sargasses ne sont pourtant pas inutiles, elles servent d'habitats à plus d'une centaine d'espèces,
parmi lesquelles des poissons, des invertébrés et des tortues marines. Le problème commence lorsqu'elles deviennent trop abondantes et s'échouent sur les côtes.
En se décomposant, elles libèrent du sulfure d'hydrogène, un gaz toxique à l'odeur d'œufs pourris. Elles étouffent les plages, fragilisent les récifs coralliens,
créent des zones pauvres en oxygène et imposent des coûts de nettoyage considérables. Elles émettent également du méthane, un puissant gaz à effet de serre.
Et pour les chercheurs, cette prolifération impose une surveillance internationale, de meilleurs systèmes de prévision et surtout une réduction des rejets de nutriments.
L'eutrophisation, longtemps considérée comme un problème côtier, transforme désormais l'océan à l'échelle d'un continent.
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