Un nouveau programme scientifique majeur est menacé aux États-Unis. Après les coupes budgétaires dans la recherche publique et l’annulation de milliers de subventions fédérales, notamment dans les domaines du climat et de la santé, l’administration Trump s’attaque désormais à l’Ocean Observatories Initiative, ou OOI.
Ce réseau, déployé par la National Science Foundation dans l’Atlantique et le Pacifique, rassemble plus de 900 instruments scientifiques. Bouées, capteurs et équipements sous-marins mesurent en temps réel la température, la salinité, l’acidité, les courants ou encore l’activité biologique et géologique des océans. Ces données servent à comprendre le rôle des mers dans le dérèglement climatique, l’évolution des écosystèmes marins et des phénomènes comme les tempêtes ou les remontées d’eaux profondes, appelées « upwellings ». Elles permettent aussi de suivre l’acidification des océans, provoquée par l’absorption d’une partie du dioxyde de carbone émis dans l’atmosphère.
Opérationnel depuis 2016, l’OOI a déjà contribué à plus de 500 publications scientifiques. Pourtant, la National Science Foundation a annoncé le retrait progressif d’une grande partie des instruments installés en mer. Le réseau avait coûté 368 millions de dollars et devait fonctionner pendant vingt-cinq à trente ans. Les équipements concernés se trouvent notamment au large de la Caroline du Nord, de l’Oregon, de l’État de Washington et de l’Alaska, mais aussi dans la mer d’Irminger, entre le Groenland et l’Islande. Des régions particulièrement précieuses pour l’étude de la circulation océanique et du climat.
Pour les chercheurs, cette décision menace surtout la continuité des observations. En sciences du climat, disposer de mesures régulières pendant plusieurs décennies est essentiel pour distinguer une variation ponctuelle d’une tendance durable. Hilary Palevsky, professeure au Boston College, rappelle que les instruments et les méthodes s’amélioraient constamment. La communauté scientifique commençait seulement à exploiter pleinement la richesse des données accumulées. Autre inquiétude : le démantèlement touche aussi les équipes techniques. Or, retirer les instruments ne fait pas seulement disparaître des mesures. Cela disperse également les spécialistes capables de les entretenir et, éventuellement, de les remettre un jour en service. Le retrait devait commencer rapidement et se poursuivre jusqu’en 2027. Un programme pensé pour observer l’océan sur plusieurs générations risque ainsi de s’interrompre après seulement une décennie.
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