Pendant la tournée promotionnelle américaine du film Anatomie d’une chute, Palme d’or 2023, et nommé cinq fois aux Oscars, Swann Arlaud avait été surnommé « Sexy Lawyer » (« l’avocat sexy ») par les Américains. L’acteur français, nommé dans la catégorie meilleur acteur dans un second rôle aux César 2025 pour L’Inconnu de la Grande Arche, estime pourtant avoir longtemps eu une « tête bizarre » — voire de « vieil enfant » —, qui attirait l’attention des réalisateurs. Ceux qui ont nourri sa filmographie exigeante et recherchée s’appellent notamment Justine Triet, François Ozon, Jérôme Bonnell, Claire Simon ou encore Stéphane Demoustier.
C’est Vladimir de Fontenay qui le dirige dans son adaptation du best-seller de David Vann, Sukkwan Island, en salle le 29 avril. Swann Arlaud y interprète un père qui emmène son fils de 13 ans vivre une année sur une île isolée du sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion. Ils se connaissent mal, le climat va vite se tendre et les défaillances de ce père vont se révéler au grand jour.
Swann Arlaud, 45 ans, nous reçoit chez lui, à Paris, au septième étage d’un immeuble Art déco, à proximité du canal Saint-Martin. Dans son appartement décoré de bric et de broc, il dit assumer « avoir un goût parfois pour des choses qui peuvent être kitsch ou moches, les trucs un peu dépareillés ». Il nous raconte une adolescence rythmée par le rap (« NTM bien sûr, puis IAM, 113, Time Bomb, Mafia K’1 Fry »), le mur de cassettes vidéo où il se construit une culture cinématographique (« Je m’étais tout tapé, les Blier, les Pialat »), et la liberté acquise lors d’études aux Arts déco de Strasbourg, où il prend l’habitude de récupérer des meubles dans la rue.
Dans cet épisode du « Goût de M », l’acteur triplement césarisé évoque aussi l’un des rôles qui a marqué un tournant sa carrière, celui de Petit Paysan, le long-métrage d’Hubert Charuel, en 2017. Pour ce fils d’une directrice de casting et metteuse en scène et d’un chef décorateur, les premiers souvenirs de cinéma remontent à l’enfance, à deux expériences intenses de tournage, sur Le Brasier, d’Eric Barbier (1991), et surtout, en Afrique, avec Les Caprices d’un fleuve, de Bernard Giraudeau (1996).
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Cet épisode a été publié le 24 avril 2026. Crédit photo : Vincent Desailly.
Depuis sept saisons, la journaliste et productrice Géraldine Sarratia interroge la formation et les méandres du goût d’une personnalité. Créateurs, artistes, cuisiniers ou intellectuels, tous convoquent leurs souvenirs d’enfance, tous évoquent la dimension sociale et culturelle de la construction d’un corpus de goûts, d’un ensemble de valeurs.
Un podcast produit et présenté par Géraldine Sarratia (Genre idéal), préparé avec l’aide de Diane Lisarelli et de Marjorie Murphy, avec Guillaume Girault au son.
Musique : Gotan Project
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