Dans l’histoire de France, peu de souverains offrent un contraste aussi saisissant entre jeunesse dissolue et destin royal que Charles X of France, connu avant son accession au trône sous le titre de comte d’Artois. Avant d’incarner l’un des derniers rois de la monarchie française, il fut en effet l’un des princes les plus libertins de la cour de Versailles.
Né en 1757, dernier petit-fils de Louis XV et frère cadet du futur Louis XVI, le comte d’Artois grandit dans un univers où luxe, privilèges et plaisirs constituent le quotidien. Très tôt, il se forge une réputation de prince dépensier, amateur de fêtes, de jeux d’argent et d’aventures galantes. À Versailles, son nom devient synonyme de légèreté, voire d’irresponsabilité. Il accumule les dettes et multiplie les liaisons, au point d’inquiéter régulièrement la famille royale.
Ce goût prononcé pour les plaisirs n’est pas anodin. Il reflète l’esprit d’une partie de l’aristocratie finissante, déconnectée des réalités sociales et économiques du royaume. Tandis que les finances de l’État se dégradent et que le mécontentement populaire monte, le comte d’Artois continue d’incarner une noblesse insouciante, symbole, pour beaucoup, des excès de l’Ancien Régime.
Lorsque éclate la Révolution française en 1789, il fait partie des premiers princes à quitter la France. Hostile à toute concession envers les révolutionnaires, il s’exile et passe plus de vingt ans à errer à travers l’Europe, cherchant sans relâche à obtenir l’aide des monarchies étrangères pour restaurer la royauté. Durant cet exil, son image évolue : le libertin frivole se transforme progressivement en défenseur acharné de la monarchie et de la tradition.
Le retour en France se fait en 1814, avec la chute de Napoléon et la restauration des Bourbons. Son frère Louis XVIII monte sur le trône, et le comte d’Artois devient l’héritier. À la mort de Louis XVIII en 1824, contre toute attente, l’ancien prince noceur devient roi sous le nom de Charles X.
Mais le contraste est frappant : celui qui fut un libertin notoire adopte désormais une posture ultra-conservatrice. Profondément attaché à la religion, il cherche à restaurer l’autorité de l’Église, à renforcer le pouvoir royal et à effacer l’héritage révolutionnaire. Cette politique rigide l’isole rapidement d’une société française qui a profondément changé.
En 1830, ses ordonnances autoritaires provoquent une insurrection à Paris : la Révolution de Juillet. Charles X est contraint d’abdiquer et part une nouvelle fois en exil.
Ainsi, le comte d’Artois demeure une figure paradoxale : libertin flamboyant devenu roi rigoriste, symbole à la fois des excès de l’Ancien Régime et de l’incapacité de la monarchie restaurée à comprendre son époque. Une trajectoire qui résume, à elle seule, le crépuscule de la royauté française.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.