Juste après le décollage, beaucoup de passagers ressentent une sensation déroutante : l’impression que l’avion, après avoir grimpé, se met soudainement à redescendre. Certains parlent même d’une « chute » quelques dizaines de secondes après avoir quitté le sol. Pourtant, du point de vue de la physique, l’avion continue bel et bien de monter. Cette impression est une illusion sensorielle, née d’un décalage entre ce que font réellement l’appareil et ce que perçoit notre corps.
Commençons par le déroulement d’un décollage. Lorsqu’un avion quitte la piste, les moteurs délivrent une poussée maximale pour atteindre la vitesse nécessaire à l’envol. L’appareil adopte ensuite un angle de montée relativement prononcé afin de gagner rapidement de l’altitude. Cette phase initiale est énergivore, mais indispensable pour s’éloigner du sol et des obstacles.
Environ 20 à 40 secondes après le décollage, les pilotes réduisent volontairement la puissance des moteurs. Cette étape, parfaitement normale, s’appelle la réduction de poussée ou « thrust reduction ». Elle vise à préserver les moteurs, diminuer le bruit et optimiser la consommation de carburant. L’avion continue de grimper, mais avec une accélération moindre.
C’est précisément ce changement qui trompe notre cerveau. Pendant la forte accélération initiale, notre corps est plaqué contre le siège. Lorsque la poussée diminue, cette pression se relâche légèrement. Le cerveau interprète alors ce relâchement comme une perte d’altitude, alors qu’il s’agit simplement d’une variation d’accélération.
À cela s’ajoute le rôle central de l’oreille interne, et plus précisément du système vestibulaire. Ce système est chargé de détecter les mouvements et les accélérations de la tête. Il fonctionne très bien pour les mouvements courants, mais il est facilement trompé dans des environnements inhabituels comme un avion. Lorsqu’une accélération change brusquement, l’oreille interne peut envoyer au cerveau un signal erroné suggérant une descente.
La vision joue également un rôle. Dans un avion, surtout de nuit ou par temps couvert, il n’y a souvent aucun repère visuel extérieur permettant de confirmer la montée. Privé d’indices visuels, le cerveau se fie davantage aux sensations internes, plus sujettes à l’erreur.
Il existe même un nom pour ce type d’illusion : l’illusion somatogravique. Elle correspond à une mauvaise interprétation des accélérations linéaires comme des variations d’orientation ou d’altitude.
En résumé, l’avion ne tombe pas après le décollage. Il poursuit son ascension, mais avec une puissance moteur réduite. La sensation de chute est une construction de notre cerveau, prise au piège par ses propres capteurs biologiques. Une preuve de plus que, face à la physique du vol, nos sens ne sont pas toujours des instruments fiables.
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