Pendant des siècles, le mariage a été pensé comme un contrat impliquant des obligations, y compris sexuelles, au point que l’on parlait de “devoir conjugal”. Mais que se passe-t-il lorsque ce devoir supposé est volontairement suspendu, non pas par désamour, mais comme moyen de pression politique ? Je veux parler de la greve du sexe !
Carcette forme de protestation qui traverse l’histoire depuis plus de deux millénaires existe bel et bien.
La première référence connue apparaît dans la Grèce antique, en 411 avant notre ère, avec la comédie Lysistrata d’Aristophane. Dans cette pièce, les femmes d’Athènes et de Sparte, excédées par la guerre du Péloponnèse qui dure depuis des années, décident de s’unir et de refuser toute relation sexuelle à leurs maris tant que ceux-ci ne s’engageront pas à négocier la paix. Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de fiction, Aristophane met en scène une intuition puissante : ce qui se joue dans les foyers peut parfois peser sur les décisions politiques.
Pendant des siècles, cette idée reste cantonnée au domaine symbolique. Mais au début du XXIe siècle, elle prend une dimension bien réelle.
En 2003, au Liberia, un pays ravagé par quatorze années de guerre civile ayant causé environ 250 000 morts, une travailleuse sociale nommée Leymah Gbowee mobilise des milliers de femmes chrétiennes et musulmanes au sein d’un mouvement appelé Women of Liberia Mass Action for Peace. Ces femmes organisent des prières collectives, des sit-in, des marches silencieuses… et annoncent également une grève du sexe destinée à exercer une pression sur les chefs de guerre et les responsables politiques.
L’objectif n’est pas seulement symbolique. Il s’agit de montrer que les femmes, jusque-là reléguées aux marges du processus politique, peuvent devenir un acteur central du rapport de force.
Sous cette pression croissante, des négociations de paix s’ouvrent à Accra, au Ghana. En août 2003, un accord est signé, mettant fin officiellement au conflit. Quelques années plus tard, le Liberia élit Ellen Johnson Sirleaf, première femme présidente du continent africain. En 2011, Leymah Gbowee reçoit le prix Nobel de la paix.
Depuis, d’autres mouvements s’inspirent de cette stratégie. En 2009, au Kenya, des organisations féminines appellent à une grève du sexe d’une semaine pour pousser les dirigeants à résoudre une crise politique majeure. En Colombie, dans certaines zones touchées par la violence des gangs, des femmes lancent des initiatives similaires pour protester contre l’insécurité.
La grève du sexe ne garantit pas le succès. Mais elle révèle quelque chose de fondamental : le pouvoir ne s’exerce pas uniquement dans les parlements ou les palais présidentiels. Il circule aussi dans les relations humaines, dans l’intimité, dans les choix personnels.
Et parfois, ce sont précisément ces choix-là qui fissurent les structures les plus solides.
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