En Iran, le contrôle d’Internet n’est pas assuré principalement par un ministère civil. Il est en grande partie supervisé par une structure liée directement aux Gardiens de la révolution islamique, au sein d’unités spécialisées dans la cybersécurité et la surveillance numérique.
Tout commence réellement après les manifestations de 2009, connues sous le nom de Mouvement vert. Des millions d’Iraniens descendent alors dans les rues pour contester l’élection présidentielle. Les autorités constatent que Facebook, Twitter, SMS et messageries chiffrées jouent un rôle clé dans l’organisation des rassemblements.
Dans les mois qui suivent, les Gardiens créent une branche dédiée : le Cyber Defense Command et renforcent l’unité de cyber-police baptisée FATA. Objectif officiel : lutter contre la cybercriminalité. Objectif réel : surveiller l’activité politique en ligne.
Aujourd’hui, l’Iran figure parmi les pays les plus restrictifs au monde en matière d’Internet.
Plus de 70 % des 500 sites web les plus visités au monde sont bloqués depuis l’intérieur du pays.
Facebook, X (ex-Twitter), YouTube, Telegram, TikTok et de nombreux services Google sont officiellement interdits.
Les Gardiens exploitent un système de filtrage national centralisé, capable d’inspecter le trafic en profondeur (Deep Packet Inspection). Cette technologie permet :
D’identifier les mots-clés
De reconnaître des images
De bloquer des vidéos en temps réel
D’interrompre des connexions chiffrées
Lors des grandes vagues de protestation de 2019, le régime va plus loin :
Internet est coupé presque totalement pendant environ 7 jours sur l’ensemble du territoire. Les connexions internationales chutent de plus de 90 %, selon les données de surveillance réseau.
Cette coupure n’est pas improvisée. Elle repose sur un projet stratégique piloté avec les Gardiens : le Réseau national d’information (National Information Network).
Ce réseau interne permet au pays de fonctionner numériquement sans dépendre d’Internet mondial : services administratifs, banques, messageries locales, plateformes nationales.
Concrètement, cela signifie que l’État peut :
Couper Internet international
Maintenir un intranet iranien actif
Continuer la surveillance intérieure
Les arrestations liées aux activités en ligne se chiffrent chaque année en milliers de cas.
Blogueurs, vidéastes, administrateurs de chaînes Telegram, journalistes citoyens, simples utilisateurs : tous peuvent être accusés de « propagande contre l’État » ou « atteinte à la sécurité nationale ».
Les Gardiens mènent également des opérations d’infiltration : création de faux comptes, groupes piégés, forums contrôlés, destinés à identifier les opposants.
En résumé, les Pasdaran ne se contentent pas de bloquer des sites.
Ils ont transformé l’espace numérique iranien en zone de contrôle militaire.
Dans ce modèle, Internet n’est pas vu comme un espace de liberté.
Il est traité comme un champ de bataille.
Un champ de bataille où chaque clic, chaque message, chaque image peut devenir une preuve.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.