Depuis ce mercredi, une nouvelle mesure entre en application en France et elle risque de faire grincer des dents : dans certains grands musées et monuments, les touristes venant de pays situés hors de l’Union européenne vont devoir payer leur billet d’entrée nettement plus cher. C’est le cas notamment du Louvre ou du château de Versailles, parmi les sites les plus fréquentés au monde.
Alors pourquoi cette augmentation, et surtout pourquoi viser spécifiquement les visiteurs non-européens ?
La première raison est très simple : l’argent. Entre l’entretien des bâtiments historiques, la restauration des œuvres, les exigences de sécurité, la gestion des flux de visiteurs et les travaux de rénovation permanents, le coût de fonctionnement de ces lieux est colossal. Or, les budgets publics ne sont pas extensibles à l’infini. L’État cherche donc à renforcer les ressources propres des musées, c’est-à-dire leurs recettes directes issues des billets, des boutiques, des expositions ou du mécénat. Augmenter le prix d’entrée pour une catégorie de visiteurs permet de générer des revenus supplémentaires rapidement, sans toucher le prix payé par la majorité des Français et des touristes européens.
Deuxième raison : une logique de tarification différenciée, déjà répandue dans le monde. Dans de nombreux pays, les résidents payent moins cher que les étrangers, car on considère que les habitants financent déjà en partie les infrastructures par leurs impôts. La France a choisi un découpage particulier : non pas “Français contre étrangers”, mais “visiteurs de l’UE ou de l’Espace économique européen contre visiteurs extra-européens”. L’idée implicite est que les Européens appartiennent au même espace politique et économique, et qu’ils contribuent indirectement au financement et à la préservation de ce patrimoine.
Troisième raison : rendre la hausse acceptable politiquement. Si le prix augmentait pour tout le monde, la mesure serait explosive auprès des Français et des Européens, qui fréquentent ces lieux, parfois en famille, parfois régulièrement. En ciblant les visiteurs extra-européens, on limite le coût politique interne. C’est aussi une cible jugée “solvable”, parce qu’un touriste venant d’Asie, d’Amérique du Nord ou du Golfe a souvent déjà dépensé des milliers d’euros pour le voyage, l’hôtel et les activités. Dans ce contexte, une hausse de quelques dizaines d’euros apparaît comme supportable.
Mais la mesure suscite de fortes critiques. Certains y voient une discrimination contraire à l’idéal d’un patrimoine universel. D’autres soulignent une contradiction symbolique : faire payer plus cher des visiteurs de pays dont certaines œuvres exposées en France proviennent historiquement.
En résumé, la hausse des prix pour les touristes hors UE n’est pas une sanction. C’est une stratégie économique : faire contribuer davantage ceux qui viennent de loin, afin de financer la conservation du patrimoine, sans augmenter la facture pour les visiteurs européens.
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