Amazon franchit un cap stratégique en Europe. Ce jeudi 15 janvier, Amazon Web Services lance officiellement son AWS European Sovereign Cloud, une infrastructure pensée pour répondre aux exigences les plus strictes en matière de souveraineté numérique. La première région ouvre en Allemagne, dans le Brandebourg, avec déjà des extensions prévues en Belgique, aux Pays-Bas et au Portugal via des « Local Zones ». L’investissement est à la hauteur de l’ambition : 7,8 milliards d’euros engagés outre-Rhin pour redessiner le paysage du cloud européen.
La promesse est simple, presque radicale : ce cloud peut fonctionner en totale autonomie, même en cas de coupure complète avec le reste du réseau mondial d’AWS. Aucune dépendance technique ou opérationnelle hors de l’Union européenne. Les données, métadonnées, factures et comptes clients restent confinés sur le sol européen. L’exploitation est assurée par des équipes locales, sans lien fonctionnel avec les États-Unis, et une copie complète du code source est accessible aux responsables européens en cas d’urgence. Une concession rare de la part d’un hyperscaler américain, conçue pour répondre frontalement aux inquiétudes liées à l’extraterritorialité du droit américain. Cette offre vise clairement les secteurs les plus sensibles : administrations, défense, finance, santé, énergie ou télécoms. Pour ces acteurs, longtemps réticents à migrer vers le cloud public, AWS promet désormais « le meilleur des deux mondes » : la puissance industrielle d’un géant mondial, sans abandon du contrôle juridique et opérationnel. Reste que certains sceptiques continueront de douter de l’étanchéité réelle du dispositif face à une éventuelle pression judiciaire venue de Washington.
Pour crédibiliser son discours, Amazon a mis en place une architecture juridique inédite. Une société mère allemande chapeaute trois filiales de droit local, toutes dirigées par des citoyens européens. À leur tête, l’Allemand Stefan Hoechbauer, épaulé par le Français Stéphane Israël, ancien patron d’Arianespace. Un conseil consultatif complète le dispositif, avec notamment le général Philippe Lavigne et l’Irlandaise Sinéad McSweeney. Dès son lancement, plus de 90 services sont disponibles, de l’IA au stockage en passant par la cybersécurité. Des acteurs comme EWE AG, l’université Lausitz Carl Thiem ou Sanoma Learning ont déjà signé. Les partenaires historiques d’AWS — Accenture, SAP, Capgemini, Deloitte ou Mistral AI — suivent le mouvement. Pour l’Allemagne, l’enjeu est économique autant que stratégique : 2 800 emplois créés chaque année et un impact estimé à 17,2 milliards d’euros sur le PIB. Un signal fort envoyé à toute l’Europe.
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