Hanford, c’est l’histoire d’un endroit choisi pour sauver une guerre… et qui est devenu, ensuite, l’un des héritages radioactifs les plus lourds de la planète.
Nous sommes en 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis lancent le projet Manhattan, la course secrète à la bombe atomique. Pour fabriquer une bombe, il faut une matière nouvelle : le plutonium. Et pour produire du plutonium en grande quantité, il faut des réacteurs nucléaires, des usines chimiques, une logistique immense… et surtout un lieu discret.
C’est ainsi qu’est sélectionné un vaste territoire au bord du fleuve Columbia, dans l’État de Washington : Hanford. Le site est idéal pour plusieurs raisons : il est éloigné des grandes villes, dispose d’une abondante eau froide pour refroidir les réacteurs, bénéficie d’hydroélectricité bon marché, et d’infrastructures de transport. Tout cela en fait une usine nucléaire parfaite… et profondément secrète.
À Hanford, on construit à une vitesse folle. Le premier réacteur, le B Reactor, démarre en 1944. Le plutonium produit ici sera utilisé pour la première bombe testée au Nouveau-Mexique, puis pour la bombe larguée sur Nagasaki en 1945.
Mais l’histoire ne s’arrête pas à la victoire. Avec la Guerre froide, Hanford devient une machine industrielle colossale : jusqu’à neuf réacteurs et plusieurs complexes de retraitement. Pendant des décennies, le site fournit l’essentiel du plutonium de l’arsenal nucléaire américain.
Le problème, c’est que tout cela produit des déchets… et à l’époque, la priorité n’est pas l’environnement. Les procédures de sûreté sont insuffisantes, et une partie des rejets radioactifs finit dans l’air et dans le fleuve. Les déchets les plus dangereux sont stockés dans 177 cuves souterraines, dont certaines ont fui. Aujourd’hui encore, Hanford contient environ 56 millions de gallons de déchets radioactifs, ce qui en fait l’un des sites les plus contaminés des États-Unis.
Depuis la fin de la production, Hanford est devenu le symbole du “prix caché” de l’ère nucléaire : un chantier de nettoyage titanesque, coûteux (on parle de 60 milliards de dollrs), technique, et interminable. Une partie du plan consiste désormais à transformer ces déchets en verre (vitrification) pour les stabiliser.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.