Quand on parle de guerre commerciale, on imagine tout de suite des surtaxes, des ports bloqués, des containers coincés… Mais depuis peu, l’Union européenne s’est dotée d’une arme très spécifique pour répondre à un phénomène moderne : le chantage économique.
Cet outil s’appelle l’instrument anti-coercition, ou ACI.
Le principe est simple : lorsqu’un pays tiers menace l’Union européenne – ou l’un de ses États membres – avec des mesures commerciales pour lui faire changer une décision politique, l’UE peut riposter avec des contre-mesures lourdes, rapides et coordonnées.
Et c’est précisément ce que vise Emmanuel Macron dans le contexte actuel : Donald Trump a brandi de nouvelles menaces de surtaxes douanières contre plusieurs pays européens. Pour Paris, ce n’est pas seulement un conflit commercial classique : c’est une tentative de pression politique via l’économie.
Alors, qu’est-ce que la “coercition économique” exactement ?
Selon la définition de la Commission européenne, il s’agit d’une situation dans laquelle un pays tente de forcer l’UE ou un État membre à adopter – ou abandonner – une décision, en menaçant d’agir sur le commerce ou l’investissement. Concrètement : “faites ce que je veux, ou je vous taxe”. C’est ce que Bruxelles considère comme une interférence inacceptable dans la souveraineté européenne.
L’ACI est surnommé le “bazooka commercial” parce qu’il autorise une gamme de représailles très large.
Cela peut commencer “soft” : droits de douane, quotas, restrictions sur certains produits.
Mais cela peut aller beaucoup plus loin, notamment en visant des secteurs stratégiques : services numériques, investissements, accès au marché unique, et même marchés publics européens. En clair : l’Europe peut dire à certaines entreprises étrangères “vous ne jouerez plus chez nous”.
Attention : ce n’est pas une arme qu’on déclenche sur un coup de tête.
D’abord, la Commission européenne doit analyser les faits, vérifier si la situation rentre bien dans la définition de coercition. Ensuite, elle propose une réponse. Puis les États membres valident à la majorité qualifiée. Cela signifie que l’activation peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Et un point important : l’ACI a été adopté récemment, via le règlement européen 2023/2675, entré en vigueur le 27 décembre 2023. Jusqu’ici, il n’a jamais été utilisé.
En résumé : l’instrument anti-coercition, ce n’est pas un simple outil de taxation. C’est une doctrine : si quelqu’un tente de faire plier un pays européen par l’économie, c’est toute l’Union qui répond.
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