Qu’il s’agisse des questions écologiques, de l’apparition des yéyés au début des années 1960, de l’altermondialisme à la fin des années 1990, du 11 septembre 2001 ou encore du conflit israélo-palestinien, le philosophe et sociologue Edgar Morin, qui vient de mourir à 104 ans, s’intéressait à tout ce qui faisait notre histoire au présent. C’était un homme de la réconciliation, même dans ces dernières années où l’opinion se « polarise » à marche forcée. Dans un de ses derniers entretiens au Monde, Edgar Morin déplorait le « grand courant de régression néo-autoritaire » qui traverse la planète. Et considérait que la France n’y échappait pas, où le national-populisme affronte ce qu’il appelait la « France républicaine, laïque et sociale ».
Résistant, c’est dans la clandestinité qu’Edgar Nahoum trouve son nom : Morin. Ce « communiste de guerre », comme il se définissait, est finalement exclu du Parti communiste français en 1951. Il n’a de cesse, en bon électron libre, d’être là où se fabrique l’époque : à Berlin en 1946, à Nanterre en 1968, en Californie en 1969…
En tant que sociologue membre du Centre national de la recherche scientifique, tout était digne de sa réflexion. Le star-system (Les Stars, Seuil, 1957) fait l’objet d’un de ses premiers livres, qui étudie les vedettes d’Hollywood, dont l’aura répond à nos besoins de mythes. Dans La Rumeur d’Orléans (Seuil, 1969), il enquête sur le terrain, en revenant sur une prétendue traite des Blanches à laquelle se livreraient des magasins de lingerie tenus par des commerçants juifs. Dans son film Chronique d’un été (1961), signé avec l’ethnologue Jean Rouch, et avec la participation de la cinéaste Marceline Loridan-Ivens, il pose la question aux Parisiens, dans la rue, à la fois naïve et profonde : « Comment vis-tu ? »
Les pages du Monde accueillaient ses tribunes et entretiens depuis 1960, au point qu’un livre a été consacré à ses contributions dans le journal (Au rythme du Monde, Presse du Châtelet, 2014). Et, jusqu’en avril, avec un entretien titré : « Je doute de l’humanité tout en croyant en elle. »
Engagé contre toute forme d’oppression, Edgar Morin nous laisse l’image et les mots d’un penseur souriant mais pas dupe, qui a souvent frôlé l’abîme, cependant toujours prêt à accueillir l’inattendu. Il le disait : « Car il est certain que, depuis mes 10 ans, avec mes doutes, mes tristesses et mon nihilisme immédiat, jamais je n’ai cessé d’être ému et consolé par la voix qui me dira qu’un jour la vie changera. » Le jour où un hommage national lui est rendu aux Invalides, à Paris, nous revenons sur le parcours et les idées d’Edgar Morin dans cet épisode de « L’Heure du Monde », avec Nicolas Truong, grand reporter au service Idées du Monde.
Un épisode de Thomas Baumgartner et Garance Muñoz, avec l’aide de Quentin D’Aout. Réalisation : Quentin Tenaud. Présentation : Thomas Baumgartner. Dans cet épisode : extrait du texte « Pour une nouvelle conscience planétaire » (Le Monde diplomatique, octobre 1989) ; de « La Rumeur d’Orléans : les délires de l’an mil, par Gilles Lapouge » (Le Monde, 27 décembre 1969).
Cet épisode a été publié le 3 juin 2026.
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