La déforestation n’est pas seulement une question environnementale, c’est aussi un enjeu climatique majeur. Selon les estimations du budget carbone mondial, liées aux travaux des Nations unies, les changements d’usage des terres, comme la transformation de forêts en zones agricoles, représentent entre 10 et 15 % des émissions mondiales de CO₂.
Le problème est double. D’un côté, la déforestation libère du carbone stocké dans les arbres. De l’autre, elle détruit ce que l’on appelle des « puits de carbone » : des écosystèmes capables d’absorber et de stocker le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Résultat : moins d’absorption, plus d’émissions. Pour tenter d’enrayer ce phénomène, un mécanisme international a été mis en place : le programme REDD+, pour « Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts ». Lancé en 2007 dans les négociations climatiques, puis intégré à l’Accord de Paris, il repose sur une idée simple : inciter financièrement les pays, notamment en développement, à préserver leurs forêts.
Concrètement, les efforts de réduction de la déforestation peuvent être convertis en « crédits carbone ». Ces crédits sont ensuite vendus à des États ou des entreprises, qui les utilisent pour compenser une partie de leurs émissions. Il s’agit donc d’un mécanisme de marché, où la protection des forêts devient une ressource économique. Une version plus récente, appelée REDD+ juridictionnel, applique ce système à l’échelle d’un pays ou d’une région entière. Mais ce modèle soulève des interrogations. Des chercheurs de l’Université Yale, dans une étude publiée dans la revue PNAS, pointent plusieurs limites.
Selon eux, le dispositif peut encourager des comportements stratégiques. Certains États pourraient être récompensés pour des réductions de déforestation qui auraient eu lieu de toute façon, sans véritable effort supplémentaire. Une situation qui fausse le système et réduit son efficacité réelle. Les chercheurs recommandent donc d’améliorer les méthodes de calcul des niveaux de référence, c’est-à-dire les estimations de déforestation attendue, ainsi que les systèmes de mesure et de vérification. L’objectif : s’assurer que chaque crédit carbone correspond bien à une réduction réelle des émissions.
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