Les éoliennes sont-elles réellement une menace majeure pour les oiseaux ? Une étude récente apporte des éléments de réponse… et pourrait bien rebattre les cartes. Pendant 19 mois, entre juin 2023 et décembre 2024, un dispositif combinant caméras et intelligence artificielle a surveillé une éolienne en mer, au large d’Aberdeen, en Écosse. Résultat : plus de 2 000 trajectoires d’oiseaux analysées… et aucune collision confirmée. Un chiffre qui contraste fortement avec les estimations initiales. Les modèles utilisés jusqu’ici prévoyaient environ 8,5 collisions par turbine et par an. Selon les chercheurs, l’écart est considérable, « de plusieurs ordres de grandeur ». Autrement dit, le risque réel serait bien inférieur à ce que l’on pensait.
Pourquoi une telle différence ? Les modèles actuels reposent sur une hypothèse prudente : ils considèrent que les oiseaux ne modifient pas leur trajectoire à l’approche des pales. Or, l’étude montre l’inverse. Les oiseaux marins adoptent des comportements d’évitement très efficaces. La nouveauté, c’est la durée et la continuité de l’observation. Le système a fonctionné sur 95 % des heures de jour pendant toute la période. Grâce à des caméras haute résolution couplées à des algorithmes de vision par ordinateur — une technologie qui permet à une machine d’identifier des objets dans une image — les oiseaux ont pu être détectés jusqu’à deux kilomètres de distance, avec une précision supérieure à 90 %. Chaque détection a ensuite été vérifiée par des spécialistes. Attention toutefois : cela ne signifie pas qu’il n’y a jamais de collisions. Mais ces résultats remettent en question l’ampleur du phénomène, souvent avancée dans le débat public.
Les implications sont concrètes. Aujourd’hui, les projets éoliens doivent répondre à des exigences environnementales strictes. Des risques surestimés peuvent entraîner des restrictions, voire retarder certains chantiers. La startup norvégienne Spoor, à l’origine du dispositif, propose désormais d’intégrer ce type de surveillance en continu. Des acteurs comme TotalEnergies commencent déjà à l’adopter, notamment pour leurs projets en mer du Nord et en Manche.
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