Imaginez : des astronautes sur la Lune qui récoltent leurs propres légumes, cultivés dans le sol lunaire. De la science-fiction ? Plus vraiment. Parce qu'en 2022, une équipe de chercheurs a posé la première pierre de ce rêve — et les résultats sont à la fois fascinants et déroutants.
L'expérience historique de l'Université de Floride
Anna-Lisa Paul et Robert Ferl, professeurs en sciences horticoles à l'Université de Floride, ont réussi pour la première fois à faire pousser des plantes dans du véritable régolithe lunaire — le sol pulvérulent qui recouvre la surface de la Lune. Ils ont attendu onze ans pour obtenir l'autorisation de travailler sur ces échantillons, tellement leur valeur scientifique est considérée comme inestimable.
L'équipe a utilisé des puits de la taille d'un dé à coudre, remplis chacun d'environ un gramme de régolithe collecté lors des missions Apollo 11, 12 et 17. Ils y ont semé des graines d'Arabidopsis thaliana — une plante modèle dont le génome est entièrement cartographié, cousine du brocoli et du chou de Bruxelles.
Le résultat : elles poussent — mais elles souffrent
La première surprise fut spectaculaire. Anna-Lisa Paul raconte : "Après deux jours, elles ont commencé à germer. Tout a germé. Nous étions stupéfaits." Mais la suite fut plus nuancée. Les plantes lunaires se développaient lentement, présentaient des morphologies de stress sévères, et leur analyse génétique révélait une activation intense des gènes associés aux stress ioniques — similaires aux réactions des plantes face au sel, aux métaux lourds et aux espèces réactives de l'oxygène.
Le régolithe lunaire contient de minuscules fragments de verre et de fer que l'on ne trouve pas dans les sols terrestres — et pour lesquels les plantes n'ont tout simplement pas évolué. Le sol lunaire repousse également l'eau : les chercheurs ont dû agiter manuellement le régolithe pour le mouiller uniformément, avant que la capillarité prenne le relais.
Et les pois chiches ?
Plus récemment, des chercheurs de l'Université du Texas à Austin ont réussi à faire pousser et à récolter des pois chiches dans un sol simulant le régolithe lunaire, en le mélangeant à du vermicompost — un compost produit par des vers de terre. Ce compost pourrait, en mission spatiale, être généré à partir des déchets alimentaires et textiles des astronautes eux-mêmes.
La conclusion de tout cela est claire : oui, cultiver sur la Lune est possible — mais le sol lunaire brut, seul, ne suffit pas. Il faudra l'amender, le transformer, l'apprivoiser. NASA voit dans cette recherche un jalon crucial pour ses objectifs d'exploration humaine à long terme : utiliser les ressources disponibles sur place pour nourrir les astronautes en mission profonde.
La Lune ne sera jamais une terre agricole au sens classique. Mais elle pourrait devenir, un jour, un jardin.
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