L’Office européen des brevets, l’OEB, franchit une nouvelle étape dans la modernisation de ses outils numériques. Cette semaine à Munich, l’institution a annoncé un partenariat avec la start-up française Mistral AI. L’objectif : améliorer l’analyse des millions de documents techniques qui composent l’univers des brevets.
Au cœur du projet, une technologie appelée reconnaissance optique de caractères, ou OCR. Ce système permet de transformer des documents numérisés, par exemple des scans ou des images, en texte exploitable par des machines. Autrement dit, ce qui était auparavant une simple image devient une information analysable automatiquement par des logiciels. Dans le domaine des brevets, ce défi est particulièrement complexe. Les dossiers ne contiennent pas seulement du texte. On y trouve aussi des formules scientifiques, des schémas, des structures chimiques, des tableaux, et souvent plusieurs langues dans un même document. Sans oublier des archives anciennes numérisées, parfois difficiles à lire pour les logiciels classiques. La solution développée avec Mistral AI a donc été spécialement conçue pour ce type de contenu hybride. Elle promet une extraction des informations plus précise que les outils OCR traditionnels.
L’enjeu est considérable. Chaque année, l’Office européen des brevets examine environ 200 000 nouvelles demandes et délivre près de 120 000 brevets. Au total, l’organisation gère une base gigantesque de plus de 160 millions de documents techniques. Pour les examinateurs, disposer de données mieux structurées change tout. Cela permet d’effectuer des recherches d’antériorité plus rapides et plus fiables. Ces recherches consistent à vérifier si une invention est réellement nouvelle ou si une technologie similaire existe déjà quelque part dans la littérature scientifique ou industrielle. Le choix de Mistral AI n’est pas anodin. En travaillant avec une entreprise européenne, l’OEB s’assure que les données sensibles liées aux brevets restent traitées dans le cadre juridique et éthique de l’Union européenne.
La start-up française n’en est d’ailleurs pas à son premier projet institutionnel : elle a récemment signé un accord avec le ministère français des Armées pour fournir des modèles d’intelligence artificielle. Avant l’annonce officielle, le partenariat a commencé par trois mois de tests, durant lesquels le modèle d’IA a été entraîné sur de véritables documents de brevets. Un déploiement plus large est désormais envisagé. Au-delà de ce projet précis, l’initiative illustre une tendance plus large : construire un écosystème européen d’intelligence artificielle capable de traiter des données stratégiques sans dépendre des plateformes américaines ou asiatiques. Reste à savoir si d’autres institutions auront les moyens techniques et financiers de suivre cette voie.
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