L’essor de l’intelligence artificielle pose un défi énergétique majeur. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les centres de données devraient consommer entre 2 et 3 % de l’électricité mondiale dès 2026, soit environ 500 térawattheures par an. Pour donner un ordre de grandeur, c’est l’équivalent de la consommation électrique d’un pays comme la France. Et avec la généralisation de l’IA générative, cette demande pourrait doubler d’ici 2030. Face à cette explosion des besoins, les géants du numérique cherchent des solutions capables d’assurer une alimentation électrique stable, tout en réduisant les émissions de CO₂. L’une des pistes les plus prometteuses consiste à associer énergies renouvelables et stockage massif d’électricité grâce à de gigantesques batteries.
C’est précisément la stratégie adoptée par Google, qui prépare un projet spectaculaire aux États-Unis, sur un site de 200 hectares à Pine Island. L’installation sera alimentée par un portefeuille d’électricité renouvelable, essentiellement éolien et solaire, capable de fournir 1 600 mégawatts de puissance. Mais la pièce maîtresse du projet réside dans son système de stockage. Google prévoit d’y installer une batterie géante de 300 mégawatts, capable de fournir de l’énergie pendant près de 100 heures consécutives, soit environ quatre jours d’autonomie. Une performance inédite pour ce type d’infrastructure.
L’objectif est clair : garantir une alimentation continue du centre de données sans dépendre des centrales fossiles ou des générateurs diesel, encore utilisés par près de 80 % des centres de données dans le monde pour assurer les secours en cas de panne. La technologie retenue est développée par la start-up américaine Form Energy. Elle repose sur un système dit « fer-air », basé sur un principe chimique simple : l’oxydation et la réduction du fer. En stockant l’électricité sous forme de réaction chimique, ces batteries peuvent accumuler de grandes quantités d’énergie et la restituer pendant de longues périodes, tout en supportant des milliers de cycles.
Par sa capacité énergétique, ce dispositif pourrait devenir la plus grande batterie du monde. À titre de comparaison, il serait capable d’alimenter plus de 100 000 foyers américains pendant une journée. Pour Google, ce projet constitue un véritable laboratoire. L’entreprise veut démontrer qu’il est possible d’alimenter ses centres de données 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 avec de l’énergie décarbonée, sans recourir à des compensations carbone. Un enjeu stratégique pour le groupe, dont les émissions de CO₂ ont augmenté d’environ 50 % depuis 2019, notamment en raison du développement massif de l’intelligence artificielle. L’équation énergétique du numérique devient donc l’un des grands défis technologiques de la décennie.
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