Les « tombes de nez » au Japon désignent des monuments funéraires aussi réels que dérangeants. En japonais, on parle de hanazuka (« tertres de nez ») ou plus souvent de Mimizuka (« tertre d’oreilles »). Le plus célèbre se trouve à Kyoto, et son histoire remonte à la fin du XVIᵉ siècle.
Pour comprendre leur origine, il faut revenir aux invasions japonaises de la Corée (1592–1598), menées par le chef militaire Toyotomi Hideyoshi. À cette époque, les armées japonaises envahissent la péninsule coréenne dans des campagnes d’une extrême violence. Comme dans beaucoup de guerres pré-modernes, les soldats devaient prouver leurs faits d’armes pour être récompensés. Traditionnellement, on rapportait la tête des ennemis tués.
Mais la guerre se déroulant loin du Japon, transporter des milliers de têtes était logistiquement impossible et rapidement insoutenable. La solution adoptée fut macabre : couper le nez — ou parfois les oreilles — des ennemis tués, les faire saler, puis les envoyer au Japon comme preuve de victoire. Ces reliques humaines furent ensuite enterrées dans des tertres collectifs.
Le Mimizuka de Kyoto contiendrait ainsi, selon les sources, les restes de dizaines de milliers de Coréens et de Chinois, civils et soldats confondus. À l’origine, le monument portait le nom explicite de Hanazuka, « colline des nez ». Le terme Mimizuka a été adopté plus tard, sans doute pour adoucir la brutalité du souvenir.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces tombes ne sont pas célébrées aujourd’hui comme des monuments glorieux. Elles sont plutôt des vestiges embarrassants de l’histoire japonaise. Pendant longtemps, elles ont été peu mises en avant, voire ignorées. Ce n’est qu’au XXᵉ siècle que des historiens coréens et japonais ont commencé à les étudier sérieusement, ravivant des tensions mémorielles entre les deux pays.
Du point de vue culturel japonais, ces tertres ont parfois été réinterprétés comme des lieux de repos pour apaiser les âmes des morts, selon des croyances bouddhistes. Mais cette lecture spirituelle n’efface pas leur origine : il s’agit bien de traces matérielles d’une violence de guerre extrême.
Les « tombes de nez » rappellent ainsi une réalité souvent oubliée : avant les conventions modernes, la guerre était aussi une comptabilité du corps ennemi. Ces monuments silencieux, encore visibles aujourd’hui, ne glorifient pas le passé. Ils le rendent impossible à oublier.
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