L’image est gravée dans l’inconscient collectif : un héros dégoupille avec les dents un projectile quadrillé aux allures d’ananas, avant de le lancer dans un bruit de métal. Pourtant, cette icône de la pop culture, la grenade Mk II, appartient davantage aux musées qu’aux arsenaux modernes.
Le règne de l'« ananas »
Introduite en 1918 et massivement utilisée durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre du Viêt Nam, la Mk II doit son design si particulier à une théorie balistique aujourd'hui dépassée. À l'époque, les ingénieurs pensaient que les profonds sillons tracés dans la fonte faciliteraient la fragmentation du corps de la grenade en éclats réguliers lors de l'explosion. C’est cette silhouette qui lui a valu son surnom mondial d'« ananas ».
En réalité, la physique a prouvé que la fonte se brisait de manière totalement imprévisible, projetant parfois des fragments trop petits pour être efficaces ou, à l'inverse, des morceaux trop gros et dangereux pour le lanceur lui-même.
La révolution de la fragmentation contrôlée
Depuis 1969, l'armée américaine et la plupart des forces de l'OTAN ont abandonné ce look au profit de modèles comme la M67, une sphère lisse surnommée « la pomme ». Ce changement n'est pas qu'esthétique, il repose sur trois piliers :
1. L'efficacité létale : Les grenades modernes utilisent un corps interne tapissé de billes d'acier ou de fils métalliques pré-entaillés. Lors de la détonation, cela garantit une dispersion d'éclats uniforme et une zone d'effet circulaire prévisible.
2. L'ergonomie : Une forme sphérique est plus facile à lancer avec précision et roule de manière plus stable.
3. La sécurité : Finies les dents ! Dégoupiller une grenade avec les mâchoires est le meilleur moyen de perdre une canine. Les modèles actuels utilisent des systèmes de goupilles et de leviers (la « cuillère ») bien plus fermes pour éviter tout accident.
Pourquoi le mythe persiste-t-il ?
Si les jeux vidéo et le cinéma (comme dans les sagas Call of Duty ou Indiana Jones) s'accrochent à la Mk II, c'est pour sa clarté visuelle. Sa silhouette est instantanément identifiable par le spectateur. Une grenade moderne, lisse et souvent de couleur sobre, ressemble parfois trop à une simple boîte de conserve ou à un galet pour le néophyte.
Pourtant, la réalité du terrain est aujourd'hui celle de la grenade à effet combiné (souffle et fragments), un outil de précision scientifique bien loin du bloc de fonte rustique de nos grands-pères.
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