L’île de Cézembre, au large de Saint-Malo, ressemble à une carte postale : une mer turquoise, une plage claire, une silhouette sauvage. Pourtant, c’est aussi l’un des endroits les plus dangereux du littoral français. Et ce paradoxe, Cézembre le doit à son histoire.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’île a été transformée en forteresse. Les Allemands y installent des batteries d’artillerie pour verrouiller la baie de Saint-Malo. À l’été 1944, au moment de la Libération, Cézembre devient un objectif militaire majeur : l’île est pilonnée par les Alliés avec une intensité exceptionnelle, notamment par des bombardements aériens et des tirs d’artillerie. Le sol est littéralement criblé d’impacts : on y compte encore aujourd’hui des milliers de cratères.
Le problème, c’est que ces bombardements massifs n’ont pas tout “explosé”. Une partie des munitions s’est enfoncée dans le sol sans détoner. Résultat : Cézembre est restée, pendant des décennies, une zone à risques, marquée par la présence d’engins non explosés — obus, éclats, et autres restes de guerre. Même après plusieurs campagnes de dépollution et de déminage, le danger n’a pas complètement disparu.
C’est pourquoi l’accès à l’île est strictement encadré. Aujourd’hui, les visiteurs ne peuvent circuler que sur des zones limitées et balisées, et une grande partie de Cézembre reste interdite, non pas pour protéger un secret militaire, mais pour éviter un accident. Car sur ce type de terrain, un simple pas hors sentier peut suffire : une munition peut être profondément enterrée, ou au contraire remonter à la surface avec l’érosion, les pluies ou les mouvements de sable.
Ce qui rend Cézembre encore plus particulière, c’est que cette longue interdiction a eu un effet inattendu : l’île est devenue un refuge pour la biodiversité. Moins de présence humaine signifie moins de dérangement. Certaines zones sont désormais précieuses pour les oiseaux marins, et l’île a acquis une valeur écologique réelle.
Et c’est justement là que l’actualité rejoint l’environnement : en ce moment, le Conservatoire du littoral lance un appel pour trouver des porteurs de projets prêts à s’investir sur Cézembre, afin d’y développer une activité d’accueil liée au littoral, à la nature et à la sensibilisation.
En résumé : Cézembre est dangereuse à cause des séquelles explosives de la guerre. Mais elle est aussi un symbole moderne, où mémoire, sécurité et protection du vivant doivent apprendre à cohabiter.
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