La semaine dernière, Bruxelles et Pékin ont enfin esquissé une sortie de crise sur l’un des dossiers commerciaux les plus explosifs du moment : les surtaxes imposées aux véhicules électriques chinois entrant sur le marché européen. Après des mois de bras de fer, l'Union européenne et la Chine se sont entendues sur un mécanisme alternatif, destiné à remplacer les droits de douane punitifs. Un compromis fragile, qui comporte déjà une faille… mais une faille que l’Europe semble décidée à colmater rapidement.
Le principe de l’accord est simple sur le papier : pour éviter des taxes élevées, les constructeurs chinois devront respecter un prix minimum de vente pour leurs voitures électriques, fixé en concertation avec les autorités européennes. En échange, ils pourront continuer à accéder au marché sans pénalités excessives, tout en s’engageant à investir localement. Problème : ce dispositif ne concerne que les modèles 100 % électriques. Les hybrides, pourtant omniprésents dans les catalogues chinois, échappent totalement au cadre. Une subtilité qui n’a pas échappé aux industriels. Comme l’a relevé le média spécialisé Automobile Propre, plusieurs marques chinoises ont déjà ajusté leur stratégie, étoffant rapidement leur offre hybride pour contourner les contraintes du nouvel accord et accélérer leur implantation en Europe. Résultat : Bruxelles se retrouve face à une brèche réglementaire trop tentante pour être ignorée.
La Commission européenne envisage désormais d’intégrer les véhicules hybrides dans le périmètre du prix minimum. Objectif : rétablir une forme d’équité et éviter que l’accord ne soit vidé de sa substance. En procédant ainsi, l’exécutif européen ferait d’une pierre deux coups : fermer une échappatoire évidente et inciter davantage de constructeurs chinois à entrer dans un cadre négocié, assorti d’obligations d’investissements industriels sur le sol européen. L’enjeu est loin d’être théorique. Aujourd’hui, les marques chinoises représentent déjà plus de 5 % des ventes automobiles en Europe. Les projections les plus prudentes les placent au-delà de 10 % avant 2030. Dans ce contexte, chaque détail réglementaire compte.
Reste que la négociation s’annonce délicate. Le climat géopolitique est tendu, et l’Europe avance sur une ligne de crête. Entre la pression commerciale venue de Pékin et les incertitudes liées à l’attitude de l’administration américaine — toujours marquée par l’héritage protectionniste de Donald Trump — Bruxelles doit arbitrer sans donner l’impression de subir. Une chose est sûre : sur le dossier automobile, la partie est loin d’être terminée.
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