Le tout premier engrais utilisé par l’homme n’est pas un produit chimique, ni même un mélange élaboré. Il s’agit d’une ressource entièrement naturelle, disponible depuis les débuts de l’élevage : le fumier, c’est-à-dire les déjections animales mélangées à de la paille et à des restes organiques. Cet engrais originel accompagne l’agriculture depuis ses premiers pas, il y a environ 10 000 ans, au moment où les sociétés humaines du Néolithique passent de la chasse-cueillette à la culture des plantes.
Très vite, les premiers agriculteurs ont constaté un problème essentiel : un champ cultivé plusieurs saisons consécutives voit sa productivité diminuer. Les plantes, en poussant, absorbent les nutriments présents dans le sol, notamment l’azote, le phosphore et le potassium. Sans apport extérieur, le sol s’épuise. L’observation de la nature a probablement fourni la solution : dans les zones où les animaux sauvages laissent leurs déjections, les plantes repoussent plus vigoureuses. Cette constatation simple a posé les bases d’une révolution agricole : l’utilisation volontaire du fumier pour restaurer la fertilité du sol.
Le fumier possède en effet une richesse exceptionnelle. Il contient des éléments nutritifs essentiels :
l’azote, indispensable à la croissance des feuilles ;
le phosphore, nécessaire au développement des racines ;
le potassium, qui renforce la résistance des plantes.
Mais il ne s’agit pas que de nutriments. Le fumier apporte aussi de la matière organique, un élément crucial pour la structure du sol. En se décomposant, cette matière nourrit les micro-organismes, aère la terre, améliore sa capacité à retenir l’eau et permet aux plantes de mieux absorber les éléments minéraux. Pour les premières sociétés agricoles, c’était une découverte majeure : fertiliser signifiait non seulement nourrir la plante, mais aussi régénérer le sol lui-même.
Avec la domestication des animaux — bovins, ovins, caprins — le fumier devient rapidement un outil central de l’agriculture. On l’épand au début des semailles, on le mélange à la terre, parfois après compostage. Pendant des millénaires, il reste la base de la fertilité dans toutes les civilisations : en Mésopotamie, en Égypte, en Chine ou en Europe médiévale.
D’autres engrais naturels apparaîtront plus tard, comme la cendre végétale ou le guano, mais aucun n’a l’ancienneté du fumier. Il est, historiquement, le premier geste conscient de l’homme pour enrichir un sol et assurer la continuité de ses récoltes. Un geste simple, mais fondamental, qui a rendu possible l’essor de l’agriculture et, avec elle, celui des civilisations humaines.
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